Alors que l’Europe est empêtrée dans une crise d’endettement publique ingérable et qu’elle se voit poussée chaque jour un peu plus vers des décisions douloureuses tout en continuant à les refuser, les agences de notations viennent de confirmer la dégradation du Portugal et de la Grèce. Standard & Poor’s a ainsi abaissé mi-juin la note de la dette à long terme de la Grèce de « B » à « CCC », la plus faible note accordée par S&P à un pays dans le monde. Et hier, Moody’s a abaissé de quatre crans la note souveraine du Portugal, de « Baa1 » à « Ba2 », considérant la dette portugaise comme « spéculative ». L’Europe a chaud, très chaud même : car pendant que notre incapacité à éteindre le brasier grecque semble chaque jour plus évidente, le feu commence à prendre fortement au Portugal, menaçant d’incendie les banques françaises et allemandes qui ont été assez folles pour accompagner des vagues d’endettement totalement inacceptables. Mais quand l’Europe a trop chaud, elle préfère casser son thermomètre plutôt que d’éteindre le feu. Haro sur le trio des agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch) qui ose annoncer la fournaise ! Le porte-parole de la Commission a ouvert le feu : « C’est un épisode regrettable, qui soulève une fois de plus la question de la pertinence du comportement des agences de notation » Notre nouveau ministre de l’Économie François BAROIN lui emboite le pas : « Ce n’est pas le regard d’une agence de notation qui va régler l’affaire de la tension des dettes souveraines et de la crise budgétaire». Son collègue le nouveau ministre des Affaires européennes, Jean LEONNETTI en rajoute : « Ce n’est pas les agences de notation qui décident de la façon dont on aide la Grèce et l’euro ». Ils sont suivis par le président de la Commission, José Manuel BARROSO : « Je regrette particulièrement la décision de Moody’s à cause du moment choisi et de son ampleur. Il pourrait y avoir un certain parti pris dans les marchés dès lors qu’il s’agit d’évaluer l’Europe ». Enfin, le ministre allemand des Finances, Wolfgang SCHAUBLE n’est pas en reste : « Il faut briser l’oligopole des agences de notation ». Tout cela est évidemment affligeant. Les agences de notation ne font que leur travail, qui est de dire quand les choses vont mal. En Grèce tout particulièrement ! Ce pays est devenu de modèle des lâchetés qui frappent l’Europe, ancien continent très riche et très productif qui n’arrive pas à s’adapter à la nouvelle donne de la concurrence redoutable de l’Asie. Il faudrait faire preuve de courage, revoir notre modèle social, supprimer nos nombreuses et lourdes poches de gras, nos rentes de situation et nos privilèges indus, se concentrer sur la productivité de nos entreprises ? Mais les Européens, repus et satisfaits, préfèrent trop souvent la lâcheté au courage. Pire : pendant que certains – les Allemands en tête – font cet effort d’ajustement, les Grecques s’enivrent des vapeurs d’endettement. Ce que nous disent les agences de notations sur la Grèce est simple : ce pays n’a pas simplement un problème d’endettement excessif, il a d’abord et avant tout un problème majeur de perte de compétitivité, et donc de solvabilité. Le problème n’est pas seulement le STOCK de dette, ni le FLUX nécessaire d’endettement lié au déficit non maîtrisé ; il est surtout l’incapacité des Grecques à vendre leurs produits, compte tenu de leur perte de compétitivité. Avez-vous, récemment, acheté une voiture, un vin ou une montre grecques ? Et pour cause : sur les 10 dernières années (2002-2011), quand l’indice des prix en Allemagne n’a augmenté que de 16%, il a bondi de 39% (plus du double !) en Grèce. Les industriels allemands et grecques vendent leurs produits dans la même devises, mais pas aux mêmes prix ! Or l’inflation est, comme l’endettement, un indicateur de l’absence de courage : on fait semblant de satisfaire les ouvriers en augmentant les salaires, mais les entreprises reprennent ce gain de pouvoir d’achat par une hausse des prix des produits courant, alimentant ainsi une spirale de hausse des prix. Ouvriers et entreprises croient gagner tous les deux ; mais tous les deux perdent en même temps ! L’inflation est cet artifice qui permet à une société de ne pas trancher, de ne pas arbitrer, en noyant ses conflits dans une illusion inflationniste. Cette lecture de la crise grecque jette un jour nouveau sur nos problèmes français. D’un coté, il faut saluer le courage du gouvernement, qui a su modérer les hausses de SMIC, de RSA et autres RMI, qui a su imposer un début de rigueur dans la Fonction Publique, qui a su s’attaquer aux déficits de nos régimes de retraite. Et de l’autre, il faut s’inquiéter de ces promesses démagogiques des candidats socialistes qui offriront 300.000 emplois semi-publics aux jeunes, reviendront sur les réformes des retraites et ouvriront les vannes du social, au risque d’éroder notre compétitivité. Les Socialistes eux-mêmes se rendent compte, à l’heure de la crise grecque et portugaise, de l’ineptie de ces promesses, et j’écoutais avec délectation, ce matin sur RTL, Manuel VALLS, candidat déclaré aux primaires socialistes : « Nous savons qu’au vu de l’état des finances publiques, il faudra dire quelles sont les priorités, tout ne sera pas finançable, tout ne sera pas possible. Les 300.000 emplois jeunes, par exemple, je n’y crois pas. Il n’y aura pas de retour à la retraite à 60 ans, le dire c’est mentir aux Français. »
Qu’il est triste de voir que la déliquescence de l’Education Nationale conduit à faire des sujets du bac un objet de trafic. Avec un effectif d’un million, l’Education nationale devrait pouvoir assurer cette tâche pourtant simple d’organiser un concours ! D’autant que la baisse constante du nombre d’élèves depuis 15 ans libère des moyens.
Mais non : la désorganisation et la débandade de cette grande bureaucratie sont telles qu’il est possible d’obtenir les sujets du bac en amont des examens. Sous les yeux de mon fils ébahi, des lycéens parisiens échangeaient, il y a quelques jours, les sujets de plusieurs disciplines, avec une cote qui s’établit à 1.200 € le sujet. Avec 3 ou 4 fois cette somme concentrée sur les matières essentielles, vous pouvez donc obtenir votre bac sans révision !
Le scandale récent auquel ce trafic indécent a conduit – avec l’exercice de probabilité de la section S publié sur internet la veille de l’examen par un lycéen qui mériterait, pour cette seule raison, qu’on lui retire même son BEPC – a donné l’occasion à Luc CHATEL, ministre de l’Education Nationale, de nous montrer à quelle démagogie un homme politique peut être réduit.
Face à ce scandale, quelle a été sa décision ? « Le ministre de l’Education nationale Luc Chatel a confirmé lors d’une conférence de presse tenue en fin de matinée qu’il y avait bien eu fuite. L’épreuve ne sera notée que sur les 3 autres exercices ».
Un raisonnement simple montre pourtant que la décision de Luc CHATEL conduit exactement au résultat inverse de celui recherché. Car si un élève a pu disposer avant l’examen du texte de l’exercice de probabilité (l’un des 4 exercices posés dans la totalité de l’examen, représentant 4/15 de la note total), il a eu clairement besoin de moins de temps pour le résoudre ; il a donc pu consacrer plus de temps aux autres composantes de l’examen. En réduisant la notation à ces autres composantes, on avantage donc les tricheurs au lieu de les pénaliser. Ceci est d’autant plus vrai que l’exercice supprimé étant à la fois le premier dans l’ordre de l’examen et le plus facile, il est probable qu’une grande majorité des élèves aura 4/4 à cette composante. Les multiples actions intentées contre cette décision ont conduit le Ministre à modifier à la marge sa décision initiale, mais sans supprimer l’inconvénient dénoncé ci-dessus.
La file d’attente des pays qui s’apprêtent à passer sous les fourches Caudines de l’humiliation financière internationale s’allonge en Europe. Après la Grèce, le Portugal et l’Espagne, clairement menacés, Standard & Poors, vient ainsi de publier une étude sur les finances publics de la France : « il est incertain que Standard & Poor’s maintienne la note +AAA+ », peut on lire. « Ces agences de notation sont des monstres froids, des acteurs du capitalisme mondial et du néo-libéralisme », doit penser la Gauche. Et oui, voilà bien le scandale de ces temps modernes : « Quoi, on ne peut plus emprunter sans limite pour financer la gabegie de notre protection sociale et de notre administration pléthorique ? ». Certains, sans doute pensaient que l’on pourrait à la fois refuser de réformer, laisser l’explosion des dépenses résoudre dans la facilité les milles revendications contradictoires de notre société, accroitre sa dépendance financière et … faire taire les prêteurs ! Mais qui sont ces monstres froids qui voudraient nous empêcher de tirer sans limite sur la ficelle de l’endettement ?
A quelques mois d’une échéance politique importante pour la France, il est intéressant d’écouter le diagnostic des uns et des autres, avant même d’examiner les solutions qu’ils proposent. Benoit HAMON nous propose ainsi, pour le Parti Socialiste dont il est le porte-parole (et l’inspirateur d’une partie importante du programme économique), une analyse … rigolote. Sur France Inter, le 26 mai dernier, il est interrogé sur l’endettement de la France, et sa réponse est la suivante : « La dette est illégitime. Elle n’est pas due à des dépenses invraisemblables des Etats. L’essentiel de la dette est lié au fait qu’on a réduit les recettes fiscales. Les Français n’ont rien à voir dans la responsabilité de ce déficit et de ce taux d’endettement. Ce n’est pas parce qu’ils sont sur-consommateurs de prestations sociales ou que l’Etat est trop généreux, que nous avons ces niveaux de déficit. »
Je sais, je sais : comme moi, vous trouverez cela ahurissant, pathétique. Mais l’esprit de ce blog est de documenter les constats par des chiffres. J’en propose plusieurs.
J’ai tout d’abord regardé ce qu’ont représenté les baisses d’impôts depuis l’année 2000 : le total est de l’ordre de 7 milliards d’euros de perte de recettes fiscales par an en moyenne.
J’ai ensuite regardé ce que représentaient nos déficits en 2010 : au déficit du budget de l’Etat (120 milliards d’euros), il faut ajouter celui de la sécurité sociale (un peu plus de 30 milliards). Une opération mathématique aussi simple qu’une division permet de conclure que les baisses d’impôt ne représentent pas plus de 5% de notre déficit public actuel. L’analyse de l’instigateur du programme du Parti Socialiste (« L’essentiel de la dette est lié au fait qu’on a réduit les recettes fiscales ») est juste … un mensonge.
Vous me direz que Mr HAMON raisonnait peut-être en termes de « stock » et non de « flux ». J’ai donc aussi regardé les stocks : alors que le cumul des baisses d’impôts depuis 10 ans représente 70 milliards d’euros, la dette publique actuelle est de 1.600 milliards. Une fois de plus, Mr HAMON est un menteur. La phrase « Les Français n’ont rien à voir dans la responsabilité de ce déficit et de ce taux d’endettement » va sonner, aux oreilles des créanciers de la France comme une alerte inquiétante, le linéament d’un « on ne paiera pas » qui n’est pas de nature à faire baisser nos taux d’intérêt.
Je soumets à l’amusement de mes lecteurs différentes positions de personnalités de la gauche française sur la difficile question de l’immigration, qui montrent l’évolution du degré d’écoute de ces personnalités aux aspirations des électeurs qu’ils sont sensés défendre.
Je commence par un extrait bien connu, un peu long mais tellement truculent qu’on hésite à le réduire : « J’approuve son refus de laisser s’accroître dans sa commune le nombre, déjà élevé de travailleurs immigrés. En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leur familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut les regarder en face et prendre rapidement les mesures indispensables. La cote d’alerte est atteinte. C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Il faut résoudre l’important problème posé dans la vie locale française par l’immigration. Se trouvent entassés dans ce qu’ il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante, la crise du logement s’aggrave, les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaires pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes. ». Claude GUEANT ? Nicolas SARKOZY ? Hé non : George MARCHAIS, en 1981, en réponse au recteur de la mosquée de Paris qui venait de s’indigner de la destruction au bulldozer le 24 décembre 1980, veille de Noël, d’un foyer de 300 travailleurs maliens par Paul Mercieca alors maire communiste de Vitry.
Depuis, les choses ont bien changé ! Ecoutons Jean-Luc MELANCHON, désormais candidat pour le compte – entre autres – du même Parti Communiste. « Vous dites que si l’on accepte de l’immigration, alors cela pousse à la baisse les salaires, et donc cela fait de [moi] le complice du MEDEF. Et bien il y a une façon très simple de régler ce problème : donner des papiers aux travailleurs sans papier et dès lors, ils auront les mêmes droits que les travailleurs nationaux et donc les mêmes lois s’appliqueront à eux. […] Si vous faites partir les ouvriers étrangers qui se trouvent chez nous, tous les comptes sociaux seraient déséquilibrés, car ces gens amènent dans notre pays 12 milliards de plus qu’ils n’en prennent. […] Il n’y a pas plus d’immigrés aujourd’hui par rapport à la population totale qu’il n’y en avait en 1930. […] Je suis absolument certain d’une chose, c’est que le Parti Communiste dit, comme moi, qu’il faut régulariser tous les travailleurs sans papier de ce pays. » En effet, le programme du PC (www.pcf.fr) est clair sur sa revendication : « Régularisation des sans papiers ».
Faut-il conclure, en reprenant l’argument de bon sens de ceux qui suggèrent qu’en augmentant l’offre de travail on en diminue le prix ? Je préfère laisser le bon sens des Français conclure ce débat, : en 1981, le Parti Communiste de George MARCHAIS obtenait 15,35% des voix ; en 2007, le même PC de Marie-George BUFFET n’atteignait pas 2%.
CQFD.
Après le premier choc de ces images tragiques d’un DSK sortant menotté d’un commissariat new-yorkais, le nuage poussiéreux de la passion, qui obscurcit tout, se dépose lentement et la lumière de la raison revient. Ce qui apparait alors révèle, mieux qu’à tout autre moment, « qui est qui ».
Pour ce qui me concerne, je ne peux m’empêcher de réserver toute ma compassion, toute ma bienveillance, à cette femme de 32 ans : déracinée d’une Guinée dictatoriale (que je connais si bien !), habitant dans un immeuble du Bronx réservé aux malades atteints du SIDA, vivant laborieusement de ménages dans un grand hôtel de la ville, noire et musulmane, veuve et élevant seule une adolescente de 15 ans.
Face à cette David, DSK est – une fois n’est pas coutume – dans la peau de Goliath. Puisqu’il semble acquis qu’il y a eu relation sexuelle entre eux, DSK est coupable quoi qu’il arrive : au mieux (pour lui), il sera coupable d’avoir oser solliciter les faveurs d’une femme de ménage avec des arguments dont on peut penser qu’ils empruntent moins à la séduction naturelle de son corps d’homme bien nourri de 62 ans qu’aux facilités que lui donne le fait d’être le fonctionnaire le mieux payé du monde. ; au pire, il sera coupable d’avoir violé cette pauvre femme. Dans les deux cas, il aura utilisé la force : celle de l’argent et du pouvoir dans un cas, celle de ses muscles dans l’autre.
Je souhaite de toutes mes forces que la justice le condamne justement : non pas par ressentiment contre lui, mais au nom de ces millions d’hommes et de femmes en Afrique et ailleurs, qui regardent cette histoire et se reconnaissent dans ce combat inégal entre un homme repus, trop plein de sa puissance, bouffis de sa supériorité, et une figure emblématique et symbolique des faibles. Si la sentence n’est pas à la mesure de l’affront, il y aura – certes loin des écrans de TV mais avec combien de force ! – dans les petits villages d’Afrique, dans les maisons pauvres d’Harlem et dans les foyers de travailleurs de Nanterre, l’incroyable colère de ces milliers de Nafissatou Diallo qui auront un sentiment inimaginable d’injustice. Combien de vocations terroristes aurons-nous alors suscitées ?
Cette exigence d’une justice sévère est d’autant plus importante aujourd’hui que l’ignoble défense des forts a déjà largement commencé, comme le démontre ce petit florilège des amis de DSK.
Jack LANG : « il n’y a pas mort d’homme » et « Il y a une série d’éléments qui font penser qu’on a envie de se payer un Français influent, puissant »
Robert BADINTER : « On dit que c’est la justice pour tous : dérision ! Il est ravalé au rang du minable dealer. C’est une destruction délibérée : c’est indigne. J’ai été choqué qu’il ne soit pas mis en liberté sous caution. »
Bernard-Henri LEVY : « Tout ce que j’entends depuis 24 heures est confondant. […] On sait bien que tout le monde n’est pas pareil. […] Bien sûr, que la démocratie dit qu’il faut traiter tout le monde de la même façon ; mais tout le monde n’est pas tout le monde. […] Est ce que je doute de quoi, vous vous foutez de ma gueule ? Vous pensez une seconde que nous serions amis si je pensais que DSK était un violeur compulsif, un homme de Néandertal ? Tout ça est absolument grotesque ! […] J’en ai marre des petits messieurs qui disent « on savait ». »
Benjamin BRAFMAN : « Rien ne démontre qu’il y a eu une relation forcée » et « [nous avons été] surpris, lors de la comparution, de voir arriver une jeune femme très peu séduisante ».
Jean-François KAHN : « Il n’y a pas eu une tentative violente de viol. Je ne crois pas, ça ; je connais le personnage, je ne le pense pas. Qu’il y ait eu une imprudence, on ne peut pas le nier [...] un troussage de domestique, ce qui n’est pas bien ».

























